« Nous espérons mettre un point final à ce qui a été un véritable calvaire », résume l’avocat du groupe de surgelés Findus, dont le nom reste associé dans les esprits à ce retentissant scandale alimentaire, mais pas sanitaire, des « lasagnes au cheval ». Le tribunal correctionnel de Paris juge depuis trois semaines le volet le plus connu de cette affaire qui a éclaté en Europe au début de 2013, le dossier Spanghero, du nom de l’entreprise de transformation implantée en Occitanie.

500 tonnes de viande de cheval

Deux ex-dirigeants de Spanghero et deux négociants néerlandais sont soupçonnés d’avoir participé à une entente pour tromper Tavola, fabricant de plats cuisinés (lasagnes, hachis parmentier…) en lui vendant entre 2012 et le début de 2013 plus 500 tonnes de viande de cheval comme étant du bœuf. Ils réfutent ces accusations.

Sur les bancs des parties civiles sont représentés Tavola, son groupe Comigel, leurs célèbres clients Findus et Picard, les supermarchés Carrefour, des associations de consommateurs, des représentants de la filière de la viande et le liquidateur de Spanghero. Tous dénoncent une fraude en bande organisée et réclament aux prévenus 40 millions d’euros. Sans toutefois se faire d’illusion sur la solvabilité des quatre hommes s’ils devaient être condamnés.

Un préjudice économique

Les professionnels décrivent un préjudice économique colossal : selon la Répression des fraudes, l’affaire a causé, « la première année », « une baisse de 40 à 45 % en volume pour le secteur des plats cuisinés ». « Nous avons dû retirer toute la marchandise qui comportait du bœuf de chez Tavola de nos 882 magasins », sans compter la « baisse de fréquentation », résume l’avocat des surgelés Picard, Michel Ayache. Il réclame « 10,7 millions d’euros » ; l’équivalent, selon lui, des pertes du groupe à cause de cette affaire.

Comigel et sa filiale luxembourgeoise Tavola, qui ont perdu « 103 millions d’euros » entre 2013 et 2018, sont désormais en liquidation, souligne leur avocate, Emmanuelle Bordenave-Marzocchi, en demandant six millions d’euros. « Ils se sont battus mais le mal était fait : tout le marché des plats cuisinés s’est effondré. » Au-delà des chiffres, tous soulignent la crise de confiance dévastatrice qu’a engendrée le scandale.

Une crise de confiance

« Nous avons bâti notre réputation et notre notoriété sur un grand nombre d’exigences de qualité et d’éthique. Tout cela a été piétiné par ces gens-là », regrette l’avocat de Picard. Le groupe a dû mener une campagne de publicité à deux millions d’euros « pour essayer de redresser l’image », insiste-t-il. Même constat chez son concurrent Findus. « Pour beaucoup de gens, cette affaire, c’est l’affaire Findus », regrette le conseil du groupe, Thomas Bidnic.

L’avocat en veut pour preuve les dizaines de montages, souvent drôles, qui fleurissent sur internet. Il en brandit un : « Findus : quand vous avez l’estomac dans l’étalon ! » Un paradoxe alors que dans cette affaire, « c’est Findus qui a pris l’initiative » de réaliser les premiers tests ADN établissant la présence de cheval dans des plats « pur bœuf ». L’entreprise, qui n’a pas été en mesure de chiffrer précisément son préjudice, réclame un euro symbolique.

Des circuits opaques

L’affaire avait révélé la complexité et l’opacité des circuits d’approvisionnement et de transformation, de l’abattage de l’animal à la commercialisation de millions de barquettes.

L’interprofession du bétail et de la viande (Interbev) et la Fédération nationale bovine ont décrit, par la voix de leurs avocats, « la plus grave crise de ces dernières années » sur le plan de la confiance, dont « la filière se remet à peine ». « Nous voulons donner le signal que ces gens-là ne peuvent pas exister dans notre filière », a souligné le conseil d’Interbev. Le réquisitoire du parquet est attendu mardi, les plaidoiries de la défense mercredi.

AFP