Bien que les forêts françaises ne se portent pas trop mal, la France se rend coupable de la destruction de centaines de milliers d’hectares de forêts… sur d’autres continents. Selon un rapport du WWF, les importations annuelles de la France pour sept matières premières agricoles et forestières mobilisent 14,8 millions d’hectares à l’étranger, dont un tiers dans des pays où le risque de déforestation est élevé.

Soja, bœuf, cuir et huile de palme

Aux côtés de la pâte à papier, du bois, du caoutchouc naturel et du cacao, sont notamment pointés du doigt les volumes importés de soja (mobilisant 2,8 Mha dont 73 % à risque de déforestation élevé), le bœuf et le cuir (2,3 Mha dont 33 % à risque de déforestation élevé) et l’huile de palme (410 000 ha dont 84 % à risque de déforestation élevé).

« Afin de réduire notre impact, il existe plusieurs solutions : réduire notre empreinte globale de 14,8 millions d’hectares en consommant moins, et réduire notre exposition au risque de déforestation en consommant mieux », résume le WWF.

Consommer moins, selon l’ONG, c’est par exemple – pour les matières premières issues de l’agriculture – réduire ses achats d’objets en cuir ou favoriser les articles de seconde main, lutter contre le gaspillage (notamment alimentaire) et remplacer une partie des protéines animales par des protéines végétales.

Consommer mieux, c’est privilégier les produits labellisés comme « durables », mais aussi favoriser les produits issus de l’élevage (surtout s’il est herbager) et de l’agriculture française. Elle invite notamment les pouvoirs publics et les entreprises à « soutenir la production d’alternatives au soja en France.

En revanche, concernant l’huile de palme, l’ONG adopte une position plus pragmatique, compte tenu du rendement en huile très compétitif de cette production. Elle préconise ainsi de « ne pas systématiquement viser la substitution de l’huile de palme par d’autres huiles ou matières grasses en raison de l’impact potentiellement supérieur en termes d’occupation des sols, mais réduire son utilisation et favoriser a minima une huile de palme certifiée ».

Une stratégie gouvernementale

Ce rapport paraît alors que le gouvernement doit publier sa stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, qui a été soumise à consultation publique cet été. Cette stratégie s’inscrit dans la lignée de l’axe 15 du plan climat, présenté en juillet 2017, qui ambitionne de « mettre fin à l’importation en France de produits contribuant à la déforestation ».

Elle devra aussi permettre à la France de tenir l’engagement pris à travers les déclarations d’Amsterdam, signées par six pays européens dont la France, pour stopper la déforestation dans toute la chaîne de production des matières premières agricoles à l’horizon de 2020.

Bérengère Lafeuille