Abandon. Trahison. Des mots qui reviennent sur les lèvres des éleveurs que nous avons rencontrés ces dernières semaines. Ceux qui, cinq ans après l’euphorie du discours de François Hollande à Cournon (1), ont appris qu’ils allaient perdre toutes les indemnités censées compenser les contraintes de leur territoire. Ces handicaps, qu’ils soient naturels ou réglementaires, n’ont pas disparu. Mais ces exploitants...
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Abandon. Trahison. Des mots qui reviennent sur les lèvres des éleveurs que nous avons rencontrés ces dernières semaines. Ceux qui, cinq ans après l’euphorie du discours de François Hollande à Cournon (1), ont appris qu’ils allaient perdre toutes les indemnités censées compenser les contraintes de leur territoire. Ces handicaps, qu’ils soient naturels ou réglementaires, n’ont pas disparu. Mais ces exploitants, comme dans un mauvais rêve, se sont un jour réveillés du mauvais côté de la ligne qui trace le contour des futures zones défavorisées.

Plus de 5 000 éleveurs actuellement bénéficiaires de l’ICHN sont exclus du nouveau zonage. Or, dans certains cas, les contraintes du territoire n’ont été ni levées, ni compensées autrement que par l’ICHN et un surcroît de travail (vente directe, diversification, voire pluriactivité…) Ironie du sort : la peine qu’ils se sont donnés pour retrouver du revenu justifie parfois leur exclusion du zonage, sur la base d’un critère économique contestable.

Atterrissage en douleur

Certains ne perdront que quelques centaines d’euros. Pour d’autres, la perte se compte en milliers, voire dizaines de milliers pour les Gaec. Elle représente l’équivalent du revenu annuel, le coût d’un salarié, l’annuité du nouveau bâtiment aux normes… Ayant à peine deux ans pour amortir le choc, ils s’apprêtent à vivre un atterrissage en douleur.

Comment boucler l’année prochaine ? Seront-ils encore là dans deux ans ? Qu’adviendra-t-il de l’élevage dans le département ? A quoi ressemblera le paysage, sinon ? « Toutes ces questions, on se les est déjà posées », nous assure-t-on dans les services déconcentrés de l’État. Au même moment, à Paris, le ministère dit n’avoir pas eu de remontée alarmante quant au risque de déclin de l’élevage dans les zones touchées. C’est pourtant cette menace qui a poussé de nombreux élus des petites communes rurales à se mobiliser avec force, certains, en Saône-et-Loire, allant jusqu’à menacer de démissionner si leurs communes n’étaient pas réintégrées. Ils savent trop bien ce qu’ils doivent aux éleveurs qui entretiennent autant qu’ils exploitent les milieux contraignants.

Improbables plans B

Sur l’injonction du ministre, les DDT et Draaf se sont retroussé les manches pour chercher des « plans B ». Des chantiers de réflexion ont été lancés au printemps avec la profession, associant souvent des élus territoriaux et des représentants des filières amont et aval. La difficulté à trouver des solutions rappelle qu’en réalité, le problème des aides ne fait que cacher celui des prix. Force est de constater que, dans les conditions actuelles, ni les circuits courts, ni les MAEC n’offrent de solution miracle. « On n’a pas de plan à moyen terme, on en est à gérer l’urgence », résume un représentant professionnel. Il s’agit moins de favoriser la pérennité de l’élevage et la transmission des fermes que d’aider les éleveurs à joindre les deux bouts par tous les moyens, dès l’an prochain.

Ceux que nous avons rencontrés se sont vu soumettre des propositions souvent maladroites, parfois blessantes, toujours insuffisantes. Et finalement, c’est encore sur la capacité d’adapation des éleveurs eux-mêmes que repose non seulement leur propre avenir, mais aussi celui des territoires qu’ils font vivre.

Bérengère Lafeuille

(1) Il annonçait notamment un soutien renforcé pour les zones défavorisées, avec la revalorisation de l’ICHN (indemnité compensatrice de handicaps naturels).